LE POPULISME OU LA CATALYSE DE LA HAINE
La France était mal préparée à la guerre qu’elle doit livrer contre l’Allemagne à partir de 1939. Depuis l’Affaire Dreyfus, il existe une droite nationaliste intellectuelle et politique, violente, antisémite et antiparlementaire animée notamment par Maurice Barrès et Charles Maurras. Elle critique régulièrement une république qu’elle juge affaiblie et menacée par le bolchevisme qui vient de triompher en Russie en 1917. Bientôt, les succès du fascisme italien (1922), du salazarisme au Portugal (1926) et du nazisme en Allemagne (1933) confortent les nationalistes. Cette » fronde » culmine et échoue le 6 février 1934. Dès lors, « l’homme providentiel » pour les » diverses familles spirituelles » de la droite dure française est Philippe Pétain, le héros de la bataille de Verdun.
Dans une période où le Régime de Vichy en avait les moyens, il n’a pas cherché à sauver toute sa population juive de la mort. Charles Maurras, Lucien Rebatet, Robert Brasillach, et Pierre Drieu la Rochelle inspirent beaucoup d’esprits de l’époque. Pierre Laval, Jacques Doriot, Marcel Déat ou Joseph Darnand font partie de ceux qui ont fait » le sale boulot « . Qu’ils soient nationalistes ou pro nazis, les vichystes ont soutenu et cautionné la politique de collaboration active menée par Laval qui va jusqu’à souhaiter » la victoire de l’Allemagne « .
Le régime de Vichy est dur avec les défenseurs de la France libre, en métropole comme dans les colonies. Mais le débarquement de 1944 accélère sa chute.
Le gouvernement Pétain s’installe à Sigmaringen avant que ses chefs ne tombent aux mains de la justice de la France libre.
L’ambiguïté des positions des présidents de la Ve République n’a pas aidé à » digérer » ces noirs moments. Pour De Gaulle, la vraie France était à Londres, pour Pompidou, il faut oublier » le temps où les Français ne s’aimaient pas « , pour Mitterrand, la France n’est ni coupable ni responsable d’un crime imputable pour partie à un occupant barbare. L’ampleur du désarroi de la défaite de 40, le refus de quitter la France sont autant de moments qui ont été oubliés. Par sa propre histoire, prisonnier de guerre, un temps à Vichy puis résistant, Mitterrand incarne toutes les ambiguïtés d’une période difficile. Jacques Chirac a mis fin au malaise le 16 juillet 1995 en reconnaissant les crimes dont l’état français s’était rendu coupable. » Ces heures noires qui souillent à jamais notre histoire et qui sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par les Français, secondée par l’Etat français. La France, patrie des Lumières, patrie des droits de l’homme, terre d’accueil, terre d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. Nous conservons à l’égard des déportés juifs de France une dette imprescriptible « .
SERAIT-IL MORT POUR RIEN ALORS QUE L’HISTOIRE SEMBLE SE REPETER SANS FIN ?
PATRICE VERDI

